chauffage#
→ conservation ; entretien/réparations ; financement ; sécurité ; siège
Le chauffage consiste à augmenter la température d’un volume d’air ou d’un objet par la production d’air chaud à partir d’une énergie primaire. Le chauffage dans les édifices religieux suit l’histoire générale des techniques en la matière et, tout en évoluant en fonction des pratiques et des usages des lieux, demeure un élément incontournable dans l’appréhension du patrimoine bâti religieux.
Approche historique#
La cheminée constitue le premier ouvrage destiné à produire de l’air chaud, dans les espaces non sacrés principalement, comme dans les sacristies ou le refuge des églises fortifiées qui, par leur fonction également défensive, pouvaient être occupées pendant de longues périodes (exemple de la cheminée du XVIe siècle dans le refuge de l’église fortifiée de Baslieux en Meurthe et Moselle). Des cheminées gothiques dont il reste des traces et « qui n’ont d’autre utilité que le chauffage des fidèles pendant l’hiver » sont signalées dans les églises Saint-Médard et Notre-Dame de Montataire à Creil (Oise), dans l’église Saint-Marie-et-Sainte-Brigitte de Nogent-les-Vierges (aujourd’hui Nogent-sur-Oise) par le Bulletin monumental de 1920 (tome LXXIX) et l’on citera la cheminée de l’église du monastère royal de Brou (Ain). Le poêle en faïence puis en fonte (fin XVIIIe et XIXe siècles) est rapporté dans les nefs et les espaces non sacrés. Son installation nécessite la création de conduit d’évacuation des fumées. Le calorifère puis la chaudière à partir de la seconde moitié du XIXe siècle pérennisent les installations de chauffage qui nécessitent la construction de chaufferie et de réseaux de circulation des fluides. Particulièrement à la fin du XIXe siècle, le chauffage dans les églises apparaît dans les études techniques consacrées à la fumisterie, c’est-à-dire aux installations de chauffage de manière générale (voir par exemple l’ouvrage de Jules Denfer, Architecture et Constructions civiles : Fumisterie, Chauffage et Ventilation, 1896) qui se penchent sur les solutions les mieux adaptées à ces grands espaces. En effet, le volume d’une église est impropre pour être chauffé compte-tenu de sa hauteur et des surfaces de déperditions thermiques que constituent les baies garnies de vitraux. L’enveloppe d’une église, par sa nature (en maçonnerie de façon traditionnelle), apporte une qualité d’inertie, mais par son épaisseur un apport permanent d’humidité. Les églises construites à partir du début du XXe siècle avec des matériaux autres que la maçonnerie, comme le métal et le béton, ne présentent pas le même profil thermique et présentent des dispositifs de chauffage d’origine.
Les progrès techniques dans ce domaine se soldent par une diversification des modes de chauffage. Le chauffage peut être obtenu par rayonnement (poêle, radiateur, plancher, lustre, cassette) ou par le soufflage d’un air chaud. Pour les appareils radiants, les fluides utilisés ont été tout d’abord la vapeur, aujourd’hui l’eau chaude ou le fluide calorifique (plancher chauffant). Les résistances électriques équipent les appareils radiants électriques (plancher, tapis, paravents, coussins, cassettes). En conséquence de ces évolutions, l’énergie primaire utilisée a tout d’abord été le bois puis le fuel, le gaz et enfin l’électricité.
De là, l’on recense cinq types de dispositifs de chauffage. Premièrement, le chauffage par soufflage d’air chaud à partir d’une chaudière productrice, dont l’installation a nécessité la construction d’une chaufferie, les percements à travers les parois pour le passage des tuyaux, la réalisation de carneaux pour la circulation de l’air chaud et la création de bouches de soufflage. En fonction du volume à chauffer, les carneaux ont des sections variables et nécessite des affouillements de 40 centimètres au minimum dans les couches archéologiques quand il y en a. Ce type d’installation apparaît dès la fin du XIXe siècle. Deuxièmement, le dispositif vise à chauffer la zone où sont assis les fidèles et non le volume complet de l’église, ce qui revient à chauffer une surface comme l’estrade ou le plancher sur lequel les bancs sont fixés, l’assise des bancs. Les bancs des fidèles sont installés sur des planchers en bois ou estrade de faible hauteur (la hauteur d’une lambourde, environ 8 centimètres) afin d’assurer une isolation relative dans la zone des bancs et d’améliorer le confort des fidèles. Les planchers sont posés sur les dalles préexistantes ou sur la terre. L’installation est à eau chaude ou électrique. Le chauffage du plancher nécessite l’isolation du système par rapport au sol. Dans d’autres cas, seules les assises des bancs sont chauffées par passage de tuyaux en sous-face ou pose de cassettes électriques. Troisièmement, le chauffage par radiateurs muraux, à eau chaude, rayonnants ou à convection, dont l’installation peut être visible ou dissimulée par un faux lambris. Quatrièmement, le chauffage en aérien passe par des appareils radiants électriques plus ou moins intégrés dans des lustres, des mas ou appliques fixés sur les murs ou les piliers. Enfin, le chauffage peut être produit par des accessoires équipés de résistances électriques dissimulés dans des textiles afin de chauffer des zones de proximité. Ces accessoires sont des coussins pour les assises et dosserets des bancs, des tapis pour les planchers des estrades ou des paravents placés à proximité des chorales ou des officiants.
Approche patrimoniale#
La question du chauffage se complexifie dès lors que l’édifice du culte est bien patrimonial. D’une part, la diversification des usages modifie la recherche du confort jusque-là destinée aux fidèles essentiellement. En effet, non seulement la cible de chauffe a évolué parallèlement à une baisse globale de la fréquentation religieuse de l’édifice, passant du volume global à la zone des fidèles et du ministre du culte, mais l’accueil d’autres usages – que l’on pense aux concerts et spectacles par exemple – ou le changement d’usage de certains édifices désaffectés reposent la question du principe de chauffage. D’autre part, l’incidence est importante sur la conservation matérielle de l’édifice et de son mobilier et des considérations esthétiques peuvent entrer en jeu au nom de la mise en valeur des lieux, qu’il convient d’articuler avec les installations requises par la pratique cultuelle.
Des modifications peuvent alors être apportées aux installations de chauffage. Elles sont motivées par l’obsolescence des installations existantes (abandon du fioul comme énergie primaire), la mise en valeur et la mise aux normes de l’édifice (démolition des édicules adventices abritant les chaufferies, restauration des bancs et des planchers, dépose des conduits amiantés), la conservation préventive des objets mobiliers déposés dans l’église qui suppose l’abandon du soufflage d’air chaud à proximité des objets sensibles. La rénovation d’une installation de chauffage doit prendre en compte plusieurs paramètres dont pour les plus importants : l’usage, la sensibilité archéologique, la conservation préventive, la réutilisation des conduits existants (carneaux, conduits de cheminée), la capacité de l’abonnement électrique, les travaux de condamnation d’anciennes cuves (dégazage) et les plans de retraits des ouvrages contenant de l’amiante et du plomb (chaudière, conduits), la sécurité incendie des nouvelles installations électriques.
La conservation préventive est l’enjeu majeur de la restauration d’un édifice. L’installation de chauffage doit prendre en compte les besoins de conservation des ouvrages (bois, toiles marouflées, peintures murales) en termes d’hygrométrie et de température. L’assèchement des parois et des boiseries, une température inadaptée à l’origine de condensation sont des facteurs de dégradation au même titre qu’une humidité excessive.
Camille André
Approche juridique#
La question du chauffage dans un édifice religieux renvoie à première vue à des considérations pratiques qui ne sont pas si éloignées de celles qui président à son appréhension en droit. Le chauffage relève de la réglementation de la sécurité dans les édifices cultuels et est par ailleurs apprécié sous l’angle financier en raison du lien direct avec les conditions dans lesquelles s’y déroulent les pratiques religieuses.
Constituant en eux-mêmes une catégorie d’établissement recevant du public, les lieux de culte requièrent un certain nombre de précautions relatives à la sécurité. C’est de ce point de vue que s’est posée la question du chauffage à la suite de cas d’intoxications collectives au monoxyde de carbone dans des églises, à l’occasion de cérémonies religieuses, mais aussi de spectacles qui s’y déroulaient. Le texte de référence en la matière (circulaire interministérielle n DGS/EA2/DSC/2008/391 du 30 décembre 2008 relative à la prévention des intoxications collectives au monoxyde de carbone dans les lieux de spectacle et de culte et aux mesures à mettre en œuvre) renvoie à l’implication des maires des communes concernées « afin qu’ils sensibilisent les responsables des lieux de culte aux risques d’intoxications ». Lorsque l’édifice cultuel est protégé au titre des monuments historiques, le rôle de l’architecte des bâtiments de France, conservateur de l’édifice, devient essentiel (Voir Ministère de l’Intérieur et ministère de la Culture et de la communication, Fiche n 4 - La sécurité dans les cathédrales appartenant à l’État). Son interlocuteur principal demeure l’affectataire cultuel qui se prononce sur la compatibilité avec la destination des lieux de toute manifestation non cultuelle. L’organisateur d’une telle manifestation, sous l’autorité de l’architecte des bâtiments de France, « est considéré comme responsable de la sécurité pour l’activité qu’il organise ou exploite » (Fiche n 4, préc.).
Plus largement, le chauffage touche à la spécificité du patrimoine religieux en ce qu’il se situe au croisement des règles applicables à l’exercice du culte – dans les édifices antérieurs à 1905 – et d’une logique de conservation d’un bien public qui occupe souvent une place significative, voire centrale, au sein du patrimoine culturel local. D’un point de vue juridique également, le chauffage des églises est donc révélateur des évolutions qui ont touché les pratiques cultuelles, au sens où celles-ci doivent s’articuler avec l’appréhension des biens dans une logique patrimoniale. L’équilibre doit alors être trouvé entre ce qui procède de la volonté d’entretenir – et, le cas échéant, de valoriser – une propriété publique et ce qui pourrait constituer une subvention au culte. En effet, en ce qu’il participe des conditions dans lesquelles se pratique le culte dans les édifices qui lui sont consacrés, le chauffage est susceptible de relever du champ d’application des dispositions de l’article 2 de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État, qui interdisent le financement public des cultes. Or, ces dispositions doivent être lues à la lumière de l’article 13 de la loi qui autorise les communes à assurer – financièrement – l’entretien et la conservation des édifices cultuels dont elles sont propriétaires. Tout dépend alors de savoir ce qui participe de la bonne conservation d’une propriété communale et ce qui correspond à l’exercice du culte, comme l’illustre, à propos cette fois d’une facture d’électricité, l’arrêt de la cour administrative d’appel de Nancy du 5 juin 2003, Commune de Montaulin (n 99NC01589), dans lequel il a été jugé qu’« en acceptant de prendre en charge la totalité de la dépense d’électricité des églises sans limiter cet engagement aux seules dépenses nécessitées par l’entretien et la conservation de l’immeuble, le conseil municipal […] a, implicitement mais nécessairement, pris en charge la part de la dépense affèrent à l’exercice du culte ». Or, « la même analyse peut être appliquée aux dépenses d’installation de chauffage dès lors que le chauffage participe à la conservation de l’édifice. En revanche, les dépenses de combustibles engagées pour l’usage de l’édifice à des fins cultuelles (cérémonies, réunions pastorales…) sont à la charge de l’affectataire » (Ministère de l’Intérieur, Circulaire NOR/IOC/D/11/21246C du 29 juillet 2011 relative aux édifices du culte : propriété, construction, réparation et entretien, règles d’urbanisme, fiscalité, p. 16).
Il est à préciser qu’en Alsace-Moselle, les frais de chauffage sont à la charge des établissements publics des quatre cultes statutaires, même si, « en cas d’insuffisance des revenus des fabriques, des conseils presbytéraux et des consistoires », la commune prend en charge les dépenses d’entretien (article L. 2543-3 CGCT).
Anne Fornerod
Bibliographie#
Denfer Jules, Architecture et Constructions civiles: Fumisterie, Chauffage et Ventilation, Encyclopédie des travaux publics, Paris, Baudry, 1896.
Diot Martine, Cheminées. Étude de structures du Moyen Âge au XVIIIe siècle, Paris, Éditions du patrimoine, 2007.
Ministère de l’intérieur et ministère de la Culture et de la Communication, Fiche n° 4 - La sécurité dans les cathédrales appartenant à l’État.