paroisse#

curé ; diocèse ; église paroissiale ; fidèles ; mobilier liturgique

Approche religieuse#

La paroisse catholique est décrite dans le code de droit canonique au canon 515 §1 : « une communauté précise de fidèles qui est constituée d’une manière stable dans l’Église particulière, et dont la charge pastorale est confiée au curé comme à son pasteur propre ». Territorialement circonscrite en une subdivision du diocèse (can. 374 § 1), cette communauté, que l’évêque est obligé d’ériger, est dite hiérarchique. Elle réunit deux éléments essentiels, l’un est personnel, la communauté de fidèles nécessitant une prise en charge pastorale et déterminée selon des critères objectifs, tel le domicile (can. 102), l’autre institutionnel, l’office de curé (can. 519). Lorsque l’évêque diocésain, après avoir entendu le conseil presbytéral, érige une paroisse, c’est pour garantir à la communauté de fidèles une cura animarum dite pleine, soit, en un lieu, une prise en charge globale pour tous et pour tout ce qui est nécessaire à la vie de foi du chrétien. Ainsi, toute église paroissiale doit avoir les fonts baptismaux (can. 858 § 1). Il revient au prêtre, titulaire de l’office curial (can. 521 § 1), l’exercice des trois fonctions de l’Église d’enseigner, de sanctifier et de gouverner (can. 519). Le critère d’appartenance qu’est le domicile permet d’assumer la diversité sociale et culturelle de l’ensemble des fidèles qui habitent sur le territoire de la paroisse (can. 518). Le principe de territorialité utilisé pour la détermination de la communauté hiérarchique a une valeur ecclésiologique, car il exprime la catholicité.

À la suite du concile Vatican II, le Code et le droit particulier ont favorisé la mise en œuvre de la coresponsabilité baptismale au sein de la paroisse. Ainsi, le canon 519 relatif au curé mentionne « l’aide apportée par des laïcs selon le droit ». Le conseil pastoral, constitué « si l’évêque le juge opportun » (can. 536), est un organe de concertation, alors que le conseil pour les affaires économiques — héritier du conseil de fabrique — est obligatoire (can. 537). Le ministère curial s’appuie sur la participation « de tous » au sein des conseils et de « quelques-uns » engagés dans les services (préparation aux sacrements, catéchisme, liturgie…) ou appelés à constituer des équipes d’animation pastorale. Enfin, si la paroisse « jouit de plein droit de la personnalité juridique » (can. 515 § 3), cette cellule du diocèse est, en droit français, un simple établissement particulier de l’association civile diocésaine.

Historiquement, les premières assemblées chrétiennes se sont constituées en maisonnées (oikos), à l’échelle de la cité autour de personnages référents, souvent itinérants. À partir du IVe siècle, l’église baptismale de la cité, lieu de rassemblement initial de la communauté sous la présidence de l’évêque, a été progressivement démultipliée pour prendre en compte la charge d’âmes, dans les périphéries urbaines et les campagnes. La construction médiévale de la paroisse a donné lieu à un processus de territorialisation, par la structuration de l’espace autour des lieux de culte et la progressive assignation des fidèles qui vivaient à proximité, sous l’autorité d’un curé. Cette élaboration a été accompagnée par la législation canonique notamment pour résoudre les conflits liés au paiement de la dîme. Le Concile de Trente (canon 13 de 1563) a prescrit aux évêques de donner aux paroisses des limites précises et de nommer pour chacune un curé. À la suite de la Révolution, sous le régime des cultes reconnus (1801-1905), l’Église a été contrainte d’aligner ses circonscriptions sur celles de l’administration. Les Articles organiques précisent qu’« il y aura au moins une paroisse dans chaque justice de paix » (art. 60) et pour les petites communes seulement des succursales (art. 61). Quoi qu’il en soit de la distinction entre les 4000 paroisses avec un curé et les succursales à la charge d’un desservant, les évêques les considérèrent toutes comme paroisses du point de vue canonique. Avec 35 000 paroisses en 1875, soit presque autant que de communes, le maillage correspond à la « civilisation paroissiale », illustrée en milieu rural par la métaphore de la paroisse « enclos » [Fig. 1] ; elle va de pair avec un imaginaire, fait de nostalgie d’un régime de chrétienté, de la stabilité et de la cohésion d’une société où l’église paroissiale est au centre du dispositif et où le curé et ses ouailles bénéficient de la proximité géographique d’une circonscription réduite.

À partir des années 1970, sous l’effet des bouleversements qui ont atteint la société et l’Église, le réseau paroissial a dû être reconfiguré par les évêques, souvent à la suite d’un synode diocésain, à partir des années 1970. Depuis lors, les deux tiers des 93 diocèses de la France métropolitaine ont procédé à l’érection canonique de paroisses dites nouvelles, multicampanaires, présentées comme des « communautés de communautés » en lieu et place des paroisses anciennes qualifiées de « relais paroissiaux ». Cette réduction du nombre de paroisses, souvent au dixième, s’est opérée par étapes ou de manière immédiate sur l’ensemble du diocèse. Elle sanctionnait un état de fait, car les anciennes paroisses fonctionnaient le plus souvent en ensembles paroissiaux ou secteurs. Le redéploiement atteint les métropoles. Quant à la trentaine de diocèses qui, en 2020, ont maintenu l’ancien maillage, ils ont également regroupé les paroisses canoniques sous différentes dénominations : « secteurs pastoraux », « ensembles paroissiaux », « groupements paroissiaux », « communautés de paroisses ». La charge pastorale de ces échelons de base, parfois eux-mêmes regroupés, est confiée à un même pasteur propre ou à une équipe de prêtres in solidum. Le processus se poursuit et manifeste le caractère relatif et même provisoire des reconfigurations en raison de la diminution du nombre de prêtres, mais aussi de fidèles dans une société de plus en plus urbaine, mobile et sécularisée où l’individu participe à des formes de sociabilités en réseaux. D’où la question du maintien d’une présence ecclésiale lorsque le lien avec le territoire est d’autant moins perçu que celui-ci, de plus en plus étendu, manifeste l’impossibilité d’assurer un quadrillage strict.

Devant cet enjeu missionnaire, trois questions ne peuvent être éludées au XXIe siècle : la territorialité, la gouvernance et la conciliation entre proximité et itinérance. Si les reconfigurations territoriales ont été un moyen de maintenir avec moins de prêtres le modèle de la paroisse traditionnelle, le changement d’échelle atteint ses limites et amène à rechercher une autre territorialité, celle des « pôles de vie ecclésiale ». Dans la mesure où la vie sociale s’organise en « pôles » et à partir de la compréhension théologique du lieu d’Église comme celui en lequel l’action de Dieu se « manifeste », il est possible de déterminer quels sont les lieux ecclésiaux qui polarisent la vie chrétienne. Appliquée à la paroisse, cette approche amène à une autre logique de rassemblement, celle de l’inscription en un lieu déterminé du territoire, identifié comme « point d’appui » pour l’équipe pastorale et point d’ancrage pour les fidèles appelés à se rassembler le dimanche, qu’ils viennent au titre de leur domicile ou par élection. Les conditions d’exercice du ministère curial sur des territoires sans cesse élargis amènent à s’interroger sur la gouvernance des communautés. Au sein des équipes d’animation paroissiales, avec la mise en place de responsabilités différenciées selon les trois fonctions de l’Église, émerge, sous différentes dénominations, la figure d’un coordinateur laïc. Une nouvelle division du travail s’opère : au gouvernement par le seul curé se substitue un gouvernement en coresponsabilité. La question de la survie des communautés locales se pose d’autant plus qu’elles sont porteuses de la proximité dans les zones rurales fragilisées. Les diocèses concernés invitent les fidèles à se constituer en « fraternités locales » en se réunissant dans une maison ou une église pour un temps de prière, de partage et d’attention aux réalités du terrain. La mise en œuvre de ce principe de subsidiarité est souvent accompagnée par des équipes missionnaires itinérantes, qui se rendent pour un temps déterminé dans les lieux où n’est plus maintenue une vie paroissiale avec ses structures habituelles.

La paroisse « n’est pas une structure caduque ; précisément parce qu’elle a une grande plasticité, elle peut prendre des formes très diverses » affirme le Pape François qui appelle à « une conversion pastorale et missionnaire qui ne peut laisser les choses comme elles sont » (Evangelii gaudium 28 et 25).

Élisabeth Abbal

Bibliographie#

  • Borras Alphonse, Les communautés paroissiales. Droit canonique et perspectives pastorales, Paris, Cerf, 1996.

  • Abbal Élisabeth, Paroisse et territorialité dans le contexte français, Paris, Cerf, 2016.

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